La capacité d'autofinancement est le premier indicateur qu'examine un banquier saisi d'une demande de financement. Elle mesure le flux de ressources que l'activité dégage réellement, une fois payées les charges décaissables. Ni le résultat net, ni le solde bancaire ne donnent cette information.
Pourquoi le résultat net ne suffit pas
Le résultat net intègre des charges qui ne se traduisent par aucune sortie d'argent, à commencer par les dotations aux amortissements et aux provisions. Une entreprise fortement équipée peut afficher un résultat proche de zéro tout en dégageant des ressources importantes.
L'inverse existe aussi : une entreprise peu capitalistique dont le résultat repose sur des reprises de provisions dégage moins de ressources que son résultat ne le laisse croire. La CAF corrige ces deux distorsions.
La méthode additive
C'est la plus rapide à mettre en œuvre à partir du compte de résultat : on part du résultat net, on ajoute les dotations aux amortissements et provisions, on retranche les reprises, et l'on corrige des plus et moins-values de cession d'éléments d'actif.
Les résultats de cession sont neutralisés parce qu'ils relèvent d'opérations d'investissement et non de l'exploitation. Une plus-value de cession n'est pas une ressource récurrente : l'intégrer fausserait la lecture.
La méthode soustractive
Elle part de l'excédent brut d'exploitation, auquel on ajoute les autres produits encaissables et dont on retranche les autres charges décaissables : produits et charges financiers, produits et charges exceptionnels sur opérations de gestion, participation des salariés et impôt sur les bénéfices.
Les deux méthodes donnent le même montant. La méthode additive est plus simple à contrôler, la méthode soustractive montre mieux d'où vient la ressource, ce qui aide à expliquer une dégradation d'un exercice à l'autre.
Ce que la CAF permet de financer
- Le remboursement du capital des emprunts, qui n'apparaît nulle part dans le compte de résultat
- Les investissements de renouvellement
- L'augmentation du besoin en fonds de roulement liée à la croissance
- La distribution de dividendes, en dernier lieu et sous réserve de trésorerie
L'ordre compte : une CAF intégralement distribuée ne finance ni le remboursement de la dette ni la croissance, et l'entreprise doit alors emprunter pour ce qu'elle aurait pu autofinancer.
Le ratio que regardent les banques
Le rapport entre l'endettement financier net et la CAF indique en combien d'années l'entreprise pourrait rembourser sa dette avec les ressources de son activité. Au-delà de trois à quatre années, l'analyse devient prudente ; au-delà de cinq, l'obtention d'un financement nouveau devient difficile sans garanties supplémentaires.
Un second ratio est fréquemment utilisé : le rapport entre les annuités de remboursement et la CAF, qui mesure la capacité à honorer les échéances de l'année. Au-delà de la moitié de la CAF absorbée par les remboursements, la marge de manœuvre devient faible.
L'erreur d'interprétation courante
Une CAF positive ne signifie pas une trésorerie disponible. Entre les deux s'intercale la variation du besoin en fonds de roulement : une entreprise qui croît vite finance ses stocks et ses créances clients, et peut manquer de liquidités malgré une CAF confortable.
C'est la situation classique d'une PME en croissance rapide qui se retrouve en tension de trésorerie précisément parce qu'elle réussit. La CAF est bonne, la trésorerie est mauvaise, et les deux constats sont exacts.
Les leviers d'amélioration
- La marge : c'est le levier de fond, par le prix ou par le coût de revient
- Les charges de structure : leur réduction agit directement et durablement sur la CAF
- La politique de distribution : conserver le résultat dans l'entreprise n'augmente pas la CAF mais préserve la trésorerie qu'elle a générée
- Le mode de financement des investissements : le crédit-bail dégrade la CAF puisque les redevances sont des charges décaissables, là où l'amortissement ne l'est pas
Questions fréquentes
La CAF figure-t-elle dans la liasse fiscale ?
Elle n'apparaît pas comme telle dans les tableaux de la liasse, mais tous ses composants y figurent. Elle est calculée par l'analyste, l'expert-comptable ou le logiciel, à partir du compte de résultat.
Une CAF négative est-elle toujours alarmante ?
Elle signifie que l'activité consomme des ressources au lieu d'en produire. Sur un exercice de démarrage ou une année exceptionnelle, elle peut s'expliquer. Répétée deux exercices de suite, elle traduit un problème de modèle économique et non de trésorerie.
Quelle différence entre CAF et EBE ?
L'excédent brut d'exploitation mesure la performance de la seule exploitation, avant charges financières et impôt. La CAF intègre ces éléments et donne donc la ressource réellement disponible pour l'entreprise.
Comment suivre sa CAF en cours d'année ?
À partir d'une situation comptable intermédiaire, en appliquant la méthode additive au résultat de la période. La fiabilité dépend de la qualité des régularisations : sans dotations calculées en cours d'année, l'indicateur est approximatif.
La CAF sert-elle à valoriser une entreprise ?
Elle constitue l'une des bases des méthodes de valorisation par les flux, souvent après retraitement de la rémunération du dirigeant et des éléments non récurrents. C'est l'un des chiffres que demandera un repreneur dès le premier échange.
Ce qu'il faut retenir
La CAF mesure la ressource dégagée par l'activité, pas la trésorerie disponible. Elle finance d'abord le remboursement du capital des emprunts, puis l'investissement et la croissance du besoin en fonds de roulement. Et le rapport entre la dette et la CAF est le premier chiffre que regarde un financeur.